Brice Le Blévennec (Promo 1988), histoire d’un cancre génial
Réagissant à une demande de ma part, Brice Le Blévennec me répond immédiatement en acceptant de me rencontrer à son domicile le surlendemain pour une interview à publier dans le nouveau MagMAx. Je découvre l’histoire peu ordinaire d’un élève de l’Athénée. Dès l’entame, il se lance dans la description de son parcours.

Il entre à la section préparatoire à l’âge de 9 ans. En première année à l’AAM, peu après la fusion du Lycée Carter et de l’Athénée Adolphe Max, Brice déclare s’amuser follement et fait la connaissance d’un jeune professeur de français: Jacques Cels. La réussite n’est pas au rendez-vous et Brice “approfondit la matière” à quelques reprises.
Fils d’un fonctionnaire de l’OTAN, Brice est dispensé du cours de néerlandais. Par quoi remplacer ce cours? Il choisit le russe, pour lequel on ne trouve aucun professeur. Il s’agit donc de l’occuper pendant “ses heures de fourche”. Nous verrons à quoi.
Au cours de physique de M. Vienne, muni d’une calculatrice “Texas Instrument 58c”, son attention ne se porte pas sur le cours: il programme les formules du cours sur sa calculatrice. Son professeur s’en inquiète, s’y intéresse, échange avec lui et une collaboration finit par s’installer entre eux. Il s’y connait le jeune!
L’Athénée organise un voyage scolaire à Londres. Chaque élève est muni d’un petit pécule pour s’alimenter. Il consacre son pécule à l’achat d’un petit ordinateur Sinclair ZX81. A son retour à la maison, après avoir réglé un problème d’incompatibilité de fiches électriques, il y passe le plus clair de son temps disponible au point que son père doit couper l’électricité de sa chambre en fin de soirée pour qu’il pense à dormir.
Jacques Cels accueille Brice dans son Atelier d’écriture. Doté d’une belle imagination et d’une volonté à s’exprimer, il reçoit les encouragements de son professeur qui le soutient dans ses initiatives: une connivence naît autour d’échanges de jeux de mots humoristiques.
Rose-Marie Paquet, professeur de français de l’Athénée, repère également son talent d’écriture. Elle soutient une initiative de Brice et de certains compagnons: rédiger un journal de l’école. Son nom: AAARGH! Il s’agit de rédiger, d’imprimer et ensuite de photocopier le journal avec leur propres moyens. L’une des rubriques offre aux élèves l’occasion d’élire le professeur le plus bienveillant, le professeur le plus sexy, … le plus mauvais, … . Les résultats de ces élections sont publiés: mais cela s’avère dur à digérer pour certains … l’expérience prend fin.
Nous sommes dans les années 80, 4 terminaux PLATO sont installés à l’Athénée. Plato permet d’éditer des programmes « Tutor », de tester des applications, de faire de l’e-learning, sur un ordinateur installé à l’ULB, via un modem. L’ULB est connectée a d’autres Université aux USA. Doté d’un écran tactile - génial!, les yeux d’un gamin pétillent- il exerce un attrait majeur sur l’élève. Mais l’accès à certaines fonctions du système exige un mot de passe que détient son professeur de mathématique. Qu’à cela ne tienne, un coup d’oeil ajusté par-dessus l’épaule du professeur le lui fournit. Et, dispensé du cours de néerlandais, disposant de quelques heures creuses, il obtient l’autorisation d’utiliser le système PLATO: il “bidouille” le système. Muni du mot de passe de son professeur, il conçoit une fausse page d’accueil qui capte les mots de passe des utilisateurs; parmi lesquels des professeurs. Devenu accroc il apprend seul, par essais et erreurs, librement. L’école avait bloqué l’espace jeux, ce qu’il fait sauter. Il joue et découvre les jeux d’aventure, la 3D, le jeu en réseau. Sa curiosité se développe et lui permet d’accroître ses connaissances. Son imagination ne demande qu’à se manifester. Ses “promenades” informatiques sont détectées lorsqu’il pénètre le système d’une banque.
Convoqué chez le préfet Jean Berger, il nie en bloc ce qui lui est reproché. Tous les terminaux PLATO sont retirés de l’Athénée.

Brice obtient son diplôme de fin d’humanités à 21 ans, en 1988.
Pendant ce temps, à domicile, son apprentissage continue sur son ordinateur. Sa maman, qui dirigeait un bureau de traitement de textes, acquiert un Macintosh SE/30. Un nouvel univers s’ouvre à lui, dont il ne tarde pas à s’emparer.
Nous sommes en 1989. Son imagination, sa capacité à anticiper ce qui pourrait être utile lui permettent de remplacer la tête d’une imprimante matricielle, ce qui permet de numériser des images sans scanner.
Sa volonté à maîtriser l’outil “ordinateur” associée à une imagination visionnaire lui donne à chaque fois une longueur d’avance sur ses contemporains.
Il dégage trois grandes motivations qui l’ont conduit et guidé dans son cheminement: le pouvoir qu’apporte l’informatique, la jouissance de travailler en réseau, la découverte de la représentation en 3 dimensions.
La même année, il collabore comme informaticien au lancement d’une rubrique “Libre Culture de La Libre Belgique”. Son rôle consiste à faciliter le travail des rédacteurs à l’aide de l’outil informatique, à l’époque encore une nouveauté pour beaucoup. Il y travaillera pendant 18 mois.
Appelé au service militaire, il lui faut absolument décrocher une inscription aux études qui lui permettrait de postposer cette échéance. Il obtient une inscription à La Cambre pour la rentrée 1989. L’un de ses professeurs donne un cours de Typographie et Graphisme sur Macintosh. Brice maîtrise le côté technique de la machine, un peu plus que le professeur lui-même: un dialogue s’installe. La collaboration naît au point que Brice prend en charge la partie technico-informatique du cours.
1990. Un Atelier de photogravure l’embauche: il connecte l’ordinateur à l’appareil de photogravure, ce qui permet souplesse, créativité et rapidité. C’est le début de l’informatisation de ce processus: une invention de sa part, ce qui lui permet de très bien gagner sa vie!
En 1991, la compagne de l’un des assistants de La Cambre, Catherine Decarpentrie, cheffe de studio, l’invite à fonder une entreprise: Ex Machina. A 23 ans, il relève le défi et lance le pré-presse, la conception de CD-ROM, de bornes interactives et du floppy-multimédia. Peu à peu l’entreprise se fait connaître au point d’être soutenue par Apple. Ex Machina publie un CD-Rom sur l’oeuvre de René Magritte, sa diffusions est importante. Cela l’amène à travailler pour différentes sociétés comme Belgacom, Coca-Cola, Electrabel, Apple, Swatch… . Cette magnifique aventure se prolongera 10 ans.
Il n’en reste pas à cette activité. En 1996, il crée et collabore au CyberCafé21 pour la RTBF, diffusé sur la RTBF, Radio21 et Tele21.
La réussite attire l’attention et l’intérêt des investisseurs sur Ex Machina. Sur proposition extérieure, il accepte de s’associer pour créer Emakina le 1er avril 2001, société de “full digital service”. La société compte 85 personnes au départ, elle prend de l’ampleur, intègre d’autres entreprises. Elle se déploie dans 19 pays de tous les continents et emploie plus de 1000 personnes lorsqu’en 2021, l’entreprise est vendue. Brice Le Blevennec se retire de l’entreprise en 2022.
En 2022, Brice se révèle auteur du livre “Visions d’un Monde Meilleur”. Je laisse à son éditeur Racine le soin de le présenter :

Le premier ouvrage de science-fiction appliquée ou comment la science peut faire de nos visions une réalité
À quoi ressembleront nos sociétés dans 30 ans ? En corrélant les attentes et besoins des utilisateurs avec les tendances et projets les plus avancés sur lesquels travaillent dès à présent les ingénieurs, développeurs, designers et analystes du monde entier, Brice Le Blévennec, Chief Visionary Officer, et 50 consultants d'Emakina, l'agence digitale full service, ont brossé un fascinant tableau de ce que pourrait être la vie en 2051. Leur livre n'est pas une prophétie futuriste mais un bond en avant dans le temps, illustré par des dizaines de situations et d'expériences concrètes. Brice Le Blévennec, à l'origine du projet, est le fondateur et CVO d'Emakina Group. Débordant d'idées et d'énergie, il est connu pour être un serial entrepreneur, un enthousiaste inconditionnel de technologie et un orateur inspirant.
Voilà un jeune élève à l’image scolaire très négative, doué de curiosité et d’imagination , doté de la volonté de maîtriser un domaine qui le passionne, hors préoccupation de l’école, qui n’hésite pas à transgresser la discipline scolaire. Soutenu par une imagination débordante qui lui permet d’anticiper les besoins de ses contemporains, l’exploit de Brice Le Blévennec est bluffant.
Alain Poels
MagMax 01.



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